Entretiens
Interview d’une artiste équestre – Susan Williams
Nom
Je m’appelle Susan Williams et mon studio s’appelle windhorseOne Studios.
Site web et lieux où trouver mon travail en ligne
Site web : www.windhorseone.com
Blog : www.windhorseone.blogspot.com/
Etsy : Windhorseone Studios
Facebook : Susan Williams
Nouveau livre : Horse As Teacher
Center for Fine Art Photography : Susan Williams Gallery
Artisans of Colorado : Susan Williams
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The Cloud Foundation
Où je vis
Je vis actuellement dans les magnifiques montagnes de Morrison, dans le Colorado, et je peux honnêtement dire que c’est « chez moi ». J’y vis depuis cinq ans maintenant, mais je suis née en Angleterre et j’ai grandi dans la région d’élevage de chevaux du New Jersey. Quand je suis descendue d’avion il y a plus de quinze ans, lors de ma première visite à de la famille dans le Colorado, j’ai su d’une manière ou d’une autre que je devais vivre ici.

Parlez-nous un peu de vous : quel est votre parcours et d’où venez-vous ?
Croyez-le ou non, j’ai passé une grande partie de ma vie dans le domaine des technologies de pointe, au sein d’organisations qui proposaient des produits destinés à changer et à améliorer la vie humaine.
Comme beaucoup de petites filles, les chevaux étaient mon amour, ma passion et mon rêve. Je ne me lassais pas de Monsieur Ed, de l’Étalon noir et de tant d’autres. C’était inné chez moi, même si nous vivions en ville à l’époque.
J’ai commencé à monter à cheval en CM1 et à dessiner des chevaux peu après. Dans ma tête, j’étais un cheval !
J’ai étudié la chimie, mais je n’ai jamais arrêté de dessiner avant la fin de mes études.
Bien plus tard, mon crayon a été remplacé par un appareil photo et une belle occasion s’est vite présentée. J’ai été invitée à étudier la photographie d’art avec un petit groupe de trente étudiants venus du monde entier à l’International Center of Photography de New York, laissant pour toujours derrière moi ma carrière scientifique.
Mes études à l’ICP m’ont encouragée à emmener ma photographie au-delà de la documentation visuelle et de l’objectivation, vers le domaine de l’invisible, en invitant et en encourageant le public de mon art à la contemplation et à la participation.
Les chevaux ont toujours été un thème récurrent pendant mes études. Après l’ICP, j’ai conçu et animé des programmes de formation tout en gérant une gamme d’appareils photo numériques pour Olympus America. Je m’en suis vite lassée et je suis partie il y a deux ans pour raviver ma passion pour l’art et les chevaux, tout en m’engageant à aider les chevaux qui se retrouvent dans de mauvaises conditions. Je crois que je peux changer leur vie en partageant et en sensibilisant les gens grâce à mon art.

Quand avez-vous pris votre première photo ?
C’est une très bonne question ! Je ne me souviens pas de la toute première photo que j’ai prise, mais je suis sûre que c’était la photo de famille classique pendant les vacances. J’ai eu très tôt la chance de bien dessiner, mais je ne faisais pas partie de ces gens qui savent depuis leur enfance qu’ils deviendront photographes d’art équestre et qu’ils en vivront !
En revanche, la première photo qui a marqué le début d’une série d’événements qui ont changé ma vie, je l’ai prise quand un ami m’a tendu son appareil, bourré de gadgets en tout genre, en me demandant de le photographier sur son cheval.
Bien sûr, il l’avait réglé sur l’un des modes préprogrammés et je n’avais plus qu’à déclencher ! J’ai tout de suite été accrochée et fascinée par la photographie, et je me suis inscrite à des cours à l’université locale.
Quel appareil photo utilisez-vous ?
J’utilise un reflex numérique Nikon D300 depuis un an. Avant cela, Olympus m’avait fourni ses appareils de la série E, avec de très bons objectifs. J’avais gardé les objectifs professionnels lumineux de mon ancien Nikon argentique, donc c’était un choix logique quand il a fallu passer à plus de pixels.

Si vous pouviez choisir n’importe quel appareil (peu importe le prix), lequel serait-ce ?
Vous savez, il faudrait que je fasse des recherches sérieuses. Mon premier appareil professionnel était un Canon, qui m’a été volé, et comme je photographiais des matchs de polo à l’époque, j’ai fini avec un Nikon. Ils avaient les objectifs les plus lumineux du marché.
Aujourd’hui, tous mes amis photographes ont des Canon haut de gamme, mais j’adore mon Nikon et je possédais déjà trois objectifs lumineux, indispensables pour photographier les chevaux. Pour les milliers de dollars supplémentaires que coûte le meilleur modèle, je ne suis pas sûre d’avoir besoin de l’un des appareils professionnels les plus chers du marché pour les quelques fonctions de plus qu’ils offrent.
Quelles sont vos principales influences ?
J’ai été profondément influencée par les écrits et les photographies de Minor White, ainsi que par John Daido Lori Roshi, un élève de Minor White. Il y a des années, quand j’ai lu pour la première fois le travail de Minor, j’ai eu l’impression de rentrer chez moi, « chez moi » étant un endroit au plus profond de moi qui n’arrivait pas à exprimer ce que je ressentais à propos de ce que je faisais.
White dit : « Aussi lente que soit la pellicule, l’Esprit reste toujours immobile assez longtemps pour le photographe qu’Il a choisi ». Je ne saurais le dire plus éloquemment, et cela exprime exactement ce que je ressens quand je photographie les chevaux qui entrent dans ma vie. J’ai le sentiment qu’ils m’ont choisie comme messagère.
J’ai aussi été influencée par les photographes Keith Carter et Michael Kenna, dont le travail, par sa nature éthérée, saisit avec tant d’élégance le mystère du quotidien. J’ai eu l’honneur d’étudier avec beaucoup de grands noms de la photographie : Duane Michaels, George Tice, John Daido Lori Roshi, pour n’en citer que quelques-uns.
En ce moment, ce sont les chevaux qui m’influencent et m’inspirent, et ma vocation et mon désir sont de partager et de représenter leurs voix.
Qu’est-ce qui vous a d’abord donné envie de photographier des chevaux ?
Un ami m’a tendu un appareil photo sophistiqué et m’a demandé de le photographier sur ses chevaux lors d’une compétition. Les photos étaient tout simplement affreuses ! Le cheval était minuscule et l’image n’avait aucune vie.
J’ai immédiatement été déterminée à maîtriser l’appareil et à prendre de belles photos de chevaux. Les chevaux ont toujours été une passion dans ma vie, alors il a été facile pour mon appareil photo de remplacer les dessins au crayon que j’avais abandonnés.

Vos photographies ont presque l’air peintes : quelle est votre technique ? Ou est-ce un secret bien gardé ?
Non, ce n’est pas un secret bien gardé ! C’est mon objectif, et j’adore quand on me le dit. Je l’entends tout le temps. Je partage volontiers, mais j’aimerais d’abord parler de ma philosophie créative !
Les chevaux sont élémentaires et mythiques, et mon objectif est de représenter l’essence puissante et magique qu’ils incarnent.
Ce sont des êtres complexes et sensibles, et mon objectif est de saisir ce magnifique animal dans toutes ses personnalités infinies et ses humeurs subtiles et expressives. J’espère que le spectateur ressent la magie et le mystère ancestraux du lien entre l’homme et le cheval.
Le cheval est de loin la créature la plus noble, la plus majestueuse et la plus fougueuse de cette planète. Il est extrêmement expressif par nature, et j’ai le sentiment que travailler avec des palettes de couleurs atténuées enveloppe les chevaux de mystère, de drame et de sensualité.
Lumineux et chargés d’énergie, les éléments de mystère et d’inconnu sont accentués. Je n’ai jamais d’idée préconçue d’une image, et j’adore que l’image finale ne soit le fruit de rien d’autre qu’un processus intuitif.
Beaucoup de mes chevaux existent dans un espace qui flotte entre le familier et l’inconnu, ce qui permet à l’imagination de s’envoler librement.
Mon public est entraîné au plus profond du domaine du cheval, où la participation active est encouragée. Cela devient une danse, où les chevaux servent de miroirs et nous transportent dans des mondes invisibles.
La photographie est un moyen rapide d’accéder au monde du cheval, et il existe déjà de nombreux photographes exceptionnels qui le saisissent si bien sur pellicule. Peut-être ai-je besoin que mes photos dépassent la photographie équestre traditionnelle pour entrer dans le domaine de la peinture parce que j’ai dessiné pendant tant d’années.
C’est une façon de travailler avec mes mains et d’ajouter une touche personnelle. Je travaille sur ordinateur avec des logiciels comme Painter et Photoshop, où je peux peindre sur mes images avec une tablette Wacom munie d’un pinceau électronique que je tiens à la main. Le processus, étape par étape, est assez long et varié, mais je maîtrise le travail sur plusieurs calques avec des techniques de masquage avancées.
Je travaille aussi beaucoup avec les modes de fusion. Le résultat final me permet de présenter le cheval avec un éclairage qu’on n’obtient qu’en studio ou que seul un peintre pourrait rendre. Je n’utilise jamais les filtres rapides de Photoshop, et c’est pourquoi mon travail est unique.
Votre race de cheval préférée ?
J’aime et j’apprécie toutes les races, mais en ce moment j’ai un faible pour les chevaux baroques comme les frisons et les andalous. Leur histoire et leur lien étroit avec l’humanité sont incroyablement forts.
Nous sommes des âmes sœurs dans notre évolution avec les chevaux. Je suis attirée par les chevaux colorés et j’ai deux yearlings croisés frison et paint. En fin de compte, ce n’est pas la race qui compte pour moi, mais le lien avec leur esprit, qui me donne accès à des moments intimes et expressifs de leur vie.
Avez-vous (ou avez-vous eu) un animal qui soit la muse de votre travail ?
Les chevaux sont mes animaux totems et l’ont toujours été, surtout les chevaux noirs. Le cheval noir est une métaphore de la connaissance ésotérique, et les chevaux possèdent une sagesse et un savoir anciens qu’ils peuvent partager quand nous les écoutons attentivement.
La symbolique du cheval offre un terreau fertile et la force nécessaire pour que l’imagination s’envole librement. En ce moment, mes deux poulains pie sont mes muses et mes windhorses ! Ils vivent joyeusement dans « l’instant présent » et m’aident à y vivre aussi !

Où avez-vous été le plus inspirée, mais sans appareil photo ?
Depuis peu, je fais partie d’un mouvement progressiste autour de la conscience du cheval et de l’apprentissage assisté par le cheval. Tout a commencé il y a environ un an, quand j’ai participé à un atelier d’un week-end où les chevaux participaient activement en tant qu’agents de croissance et de changement pour les humains.
Le cheval a une capacité étonnante à nous renvoyer nos humeurs et nos émotions comme un miroir, ce qui nous donne l’occasion de guérir et de grandir profondément. Il nous aide aussi à acquérir d’incroyables qualités de leader.
Chaque fois que je peux contribuer à rendre le monde meilleur en élargissant ma conscience, puis contribuer au bien-être des chevaux et à l’épanouissement des humains, c’est ce qui m’inspire le plus.
Tout cela m’a amenée à devenir l’une des autrices d’une nouvelle série de livres Horse as Teacher. C’est par une grâce extraordinaire que j’ai été guidée, puis invitée à être l’une des dix autrices aux côtés de visionnaires du cheval comme Stormy Mae, qui a filmé et produit le DVD The Path of the Horse.
Dans le livre, mon histoire raconte comment les mustangs que je photographie, en liberté comme en captivité, ont suivi un chemin parallèle au mien et m’ont libérée pour mener une vie authentique. Waouh ! Je pourrais en parler pendant des heures, mais cela m’a encouragée et inspirée à donner la voix des chevaux à mes photographies.
J’espère poursuivre avec mon propre livre, qui réunirait différentes photos de toutes mes séries. Mon objectif est d’aider d’autres créatifs à surmonter leurs croyances limitantes et leurs blocages.

Selon vous, quel effet Internet aura-t-il sur l’art et la photographie en général ?
Internet est une ressource extraordinaire pour toutes les formes d’art, y compris la photographie. Nous sommes à l’ère du numérique, la plupart des gens ont accès à un appareil photo et peuvent donc être créatifs, ce qui est très important.
Internet donne aux gens la possibilité de partager leurs photos avec leurs amis et leur famille, et il existe des tas de programmes gratuits pour héberger leurs images.
Pour une photographe et artiste professionnelle comme moi, c’est l’occasion de découvrir et d’apprécier rapidement le travail d’autres artistes tout en apprenant d’eux.
Cela offre aussi une multitude d’occasions de créer des contacts et de présenter son travail. Beaucoup de gens n’ont pas les moyens d’acheter de l’art, mais cela me fait très plaisir de leur donner un moyen de profiter de mes œuvres.
Cela a-t-il eu un effet sur le vôtre ?
Oui ! Je viens de commencer à participer à tout ce phénomène des réseaux sociaux. J’y étais réticente, car il faut pas mal de temps pour créer les comptes et mettre en ligne les images, et je préfère créer ou être avec les chevaux !
Jusqu’à cette année, mes ventes venaient surtout des galeries, des commandes ou de la tournée des salons d’art, que j’adore. Je suis émerveillée et ravie de voir à quel point mon blog s’est diffusé dans le monde entier en si peu de temps. J’ai un compte Facebook personnel et j’en créerai sans doute un pour windhorseOne Studios, puis un compte Twitter.

Quelle est votre image préférée ?
Je ne sais pas si j’ai une image préférée. Ce que je sais, c’est que l’ensemble d’œuvres que j’appelle la « windHorse Series » m’est très cher. Ce sont mes pièces les plus picturales, et elles montrent comment, par la voie du cheval, la créativité et l’art sont revenus dans ma vie.
Chacune représente un guide différent dans ma vie et répond aussi à mon fort désir de peindre. Par le geste physique de la peinture, un artiste peut ajouter sa touche personnelle.
C’était ma façon d’aller au-delà de la bidimensionnalité et de la présentation souvent statique d’une photographie, et d’entrer dans un autre domaine où je pouvais travailler la lumière et la luminosité. Cela donne plus de vie à mon travail.
Qu’est-ce qui vous passionne d’autre ?
Je suis passionnée par la vie, l’apprentissage, la créativité et tout ce qui me permet de changer les choses dans le monde. J’ai énormément de chance que tout cela me soit venu grâce aux chevaux.
Créer de belles œuvres sur les chevaux était autrefois un rêve d’enfant, mais aujourd’hui tous mes rêves de chevaux se sont réalisés ! C’est mon cadeau à l’humanité et aux chevaux.
À suivre
Merci à Susan d’avoir répondu à nos questions et partagé ses photographies. N’oubliez pas de vous abonner à son blog de photographie pour suivre les réflexions d’une artiste équestre et de ses deux poulains, Kairos et Zephyr.
Restez aussi à l’écoute pour d’autres interviews d’artistes équestres et de photographes.
Vous êtes photographe, ou vous connaissez un photographe équestre que vous aimeriez voir présenté ici ? Ajoutez votre nom et votre site web dans les commentaires ci-dessous ou écrivez-moi pour participer.
Traduit de l’anglais. Lire la version originale