Entretiens
Suzanne M. Fairchild – Interview d’une artiste équestre
Nom
Suzanne M. Fairchild
Site web et lieux où trouver mon travail en ligne
www.rsfairchild.com, fairchildfarmgirl.blogspot.com et aussi chez Midwest Mercantile à Keystone, dans le Dakota du Sud
Où je vis
À Canby, dans le Minnesota, à l’écart de la ville, dans une ferme où nous engraissons des bovins à façon et élevons de manière durable des porcs, des poulets, des canards, des oies et des moutons. Nous avons aussi un verger, une vigne, un champ de citrouilles, et nous fabriquons des meubles de cuisine sur mesure. ET une fois que tout ça est fait, je suis artiste.
Parlez-nous un peu de vous : quel est votre parcours et d’où venez-vous ?
J’ai grandi dans une ferme laitière. J’étais tellement contente quand nous avons déménagé en ville… et dès le lendemain, la ferme me manquait ! =) Je suis allée dans un institut technique pour obtenir un diplôme de premier cycle, sans avoir la moindre idée de ce que j’allais faire. Je me suis mariée, j’ai eu un bébé, et je suis redevenue agricultrice à temps partiel en trayant les vaches de quelqu’un d’autre. Mon mariage s’est défait, j’ai repris des études en production animale, je suis partie vivre à la campagne (ici, à la frontière entre le Minnesota et le Dakota du Sud), j’ai poursuivi mes études à Brookings, dans le Dakota du Sud, sans les terminer. J’ai rencontré un agriculteur, je me suis mariée, j’ai eu 5 autres enfants et j’ai adopté ses deux enfants. Ouf !

MAIS la seule chose qui n’a pas changé à travers tout cela, c’est que j’ai toujours peint. Parfois, c’est ce qui payait les factures, remplissait nos assiettes, à ma fille et à moi, et mettait de l’essence dans le pick-up. Ce sera toujours un antistress !
Quand avez-vous commencé à dessiner et à peindre ?
Depuis aussi loin que je me souvienne ! J’ai grandi dans une famille de 6 enfants. Nous avions une ferme laitière et nous n’avons jamais eu beaucoup d’argent, alors c’était l’une de nos distractions (nous faisions aussi de sacrées batailles de bouses de vache… j’ai hâte d’être à notre réunion de famille cet été !). Nous n’avions pas d’albums de coloriage et nous recevions rarement une boîte de crayons de couleur (nous les utilisions jusqu’à ce qu’il n’en reste que des petits bouts !). Alors quand nous avions de nouveaux crayons, nous les traitions comme de l’or. Nous prenions toutes les publicités reçues par nos parents pour dessiner dessus. Nous défaisions même soigneusement les enveloppes pour pouvoir dessiner à l’intérieur.
Aujourd’hui encore, quand je vois mes enfants délaisser un album de coloriage pour attraper du papier d’imprimante, je suis un peu fière de voir qu’ils ont eux aussi beaucoup d’imagination. Mon mari dit qu’il préférerait qu’ils s’en tiennent au papier plutôt qu’aux murs : avec tous les dessins qu’il y a ici, on dirait que nous vivons dans un wagon tagué.

Vous peignez toutes sortes d’animaux, dont les chevaux. Quel est votre sujet préféré ?
S’il fallait choisir un animal, je dirais les bovins. Je crois que c’est parce que je travaille avec eux en permanence. Je les vois tous les jours, et comme nous engraissons des vaches de réforme et des broutards, il nous arrive de tout. J’adore essayer de comprendre les motifs complexes de leur poil quand ils ont leur pelage d’hiver, au moment de peindre, et CERTAINS ont un regard paisible (pas tous, puisque nous engraissons des vaches de réforme… elles peuvent avoir un sacré caractère !). J’adore essayer de cerner leur personnalité et de la rendre dans un tableau, etc.
Surtout, j’adore peindre le mode de vie et les paysages. L’agriculture et l’élevage sont un très beau métier, et si je peux rendre ce sentiment dans un tableau, c’est formidable.

Votre travail est aussi réalisé sur toutes sortes de supports, dont des peaux, des crânes et des carapaces de tortue. Qu’est-ce qui vous a poussée à remplacer la toile traditionnelle par des objets aussi originaux ?
L’argent, ou plutôt le manque d’argent. =) J’avais peint sur 2 toiles au lycée et je m’étais rendu compte que je n’étais pas emballée. Ensuite, je ne m’y suis plus jamais intéressée et je n’ai jamais découvert les nombreuses possibilités qu’offre la toile, comme la toile montée sur châssis en galerie, etc.
J’ai toujours aimé les choses « différentes », alors quand j’ai commencé à peindre après le lycée, il me fallait une « toile » bon marché. J’ai d’abord peint sur des œufs d’oie et d’autruche, puis sur de vieilles planches de clôture, puis sur des peaux. Quand je suis arrivée ici, je n’étais toujours pas convaincue par la toile, ou du moins par le prix d’une belle toile montée sur châssis. Le père de Ron m’a apporté une omoplate et m’a dit que je devrais peindre dessus. Il n’a pas eu besoin de me le dire deux fois ! Sur cette première omoplate, j’ai peint un aigle royal. Le résultat était superbe. Depuis, j’en utilise tout le temps. J’aime aussi peindre sur des crânes. Mon père faisait à côté des reconstitutions de rendez-vous de trappeurs, et il m’a demandé un jour de peindre un crâne d’ours pour lui : j’ai été conquise !

Quelles sont vos principales influences artistiques ?
C’est la question à laquelle je préfère répondre, mais il y en a tellement ! Carrie Ballantyne, Wayne Wolfe, Ryan Skidmore, Kirby Sattler, pour n’en citer que quelques-uns. Puis-je aussi citer l’État du Dakota du Sud ? Regardez ces plaines, ces collines ondulantes, les Badlands et les Black Hills si riches en histoire… ça me donne envie d’aller peindre là-bas tout de suite !
Avez-vous (ou avez-vous eu) un animal qui soit la muse de votre travail ?
Je déteste être ennuyeuse, mais je dois répondre non. J’ai en revanche 2 acolytes quand je pars prendre des photos pour mes tableaux autour de la ferme : mon âne miniature, qui vit en liberté, et mon terre-neuve. Sparky et Fluffy Bear, les meilleurs amis du monde. Nous les appelons les vigiles du centre commercial… ils explorent la ferme ensemble avec leur sens de la sécurité : ils chassent les coyotes et protègent les enfants de ce qu’ils prennent pour un danger, et la plupart du temps, c’est juste l’un ou l’autre. =) Ils aiment m’accompagner pour les séances photo avec les bovins. Ils se postent près des barrières pour se faire lécher par les vaches, ce qui me permet de faire de beaux gros plans.

Avez-vous des rituels secrets pour vous mettre en condition avant de créer ?
Malheureusement, avec tout ce que nous avons à faire, je n’ai pas beaucoup de temps dans la journée pour peindre, généralement une heure ou deux après le coucher des enfants. Alors après avoir bordé le dernier petit bout (ils sont 8, c’est déjà un travail en soi), je cours ranger le rez-de-chaussée, je lance la dernière machine de linge, si nous devons aller voir les animaux, nous le faisons, j’enfile des vêtements confortables et ahhhh… je trouve mon casque et mon CD préféré du jour (en ce moment, Jason Boland and the Stragglers en concert à Colorado Springs, et mon autre favori, c’est Reckless Kelly, Somewhere in Time), et c’est l’heure de peindre !
Je n’ai pas de pièce réservée à la peinture, alors pour l’instant, je peins dans le salon, où la lumière est la meilleure, et comme ça, je peux dire que je passe du temps avec Ron (mon mari), qui s’endort devant la télé après une dure journée de travail. Je me perds dans ce que je fais, c’est formidable, et j’attends ce moment avec impatience chaque jour.

Y a-t-il un lieu particulier qui vous inspire ?
Bon, je crois que c’est là que le Dakota du Sud entre en jeu. La campagne magnifique, la solidarité de ses habitants, l’histoire, l’histoire, l’histoire, les extraordinaires Amérindiens, etc.
Ce que j’aime le plus, ce sont les Black Hills et le Custer State Park. Si vous ne devez aller qu’à un seul endroit dans votre vie, allez là-bas.
Selon vous, quel effet Internet aura-t-il sur l’art à l’avenir ? Cela a-t-il eu un effet sur le vôtre ?
Je trouve qu’il fait déjà de l’excellent travail ! J’adore pouvoir trouver n’importe quel artiste ou regarder une œuvre en ligne d’un simple clic. C’est génial. Sérieusement, je ne me souviens plus de la vie sans Internet et sans e-mail. Par exemple, quand je travaille sur un tableau, je l’envoie à des gens en cours de route pour avoir leur critique. Ça m’aide énormément.

Quelle est votre œuvre préférée ?
J’hésite entre « Moonlit Sonata », peinte sur une vieille porte de fenil, et « Wary », réalisée sur une peau de wapiti.
Les vendriez-vous un jour ?
Oui, mais pour le tableau de black angus, il faudra peut-être vous battre avec mon mari. Comme il a été peint d’après nos parcs d’engraissement, il dit qu’il ne quittera jamais la salle à manger. Je vais peut-être lui donner raison, puisqu’il est accroché derrière 2 de mes enfants qui mangent le plus salement, et j’y ai vu des taches de flocons d’avoine ce matin. =) PS : ils sont sur mon site.
Qu’est-ce qui vous passionne d’autre ?
Je suis contente que vous me posiez la question ! C’est d’ailleurs lié à ma peinture : Farm Rescue Organization. J’ai décidé de réaliser une grande série de tableaux et de reverser une partie des bénéfices à ce programme. J’espère les terminer d’ici l’automne prochain.

Comme le savent tous ceux d’entre nous qui les pratiquent, l’agriculture et l’élevage sont une vie difficile, avec beaucoup de travail. Mais nous le faisons tous pour une seule raison : nous aimons ça. Nous aimons élever nos enfants dans ce mode de vie, nous sommes fiers de produire de la nourriture pour tout le monde, etc. Cela dit, beaucoup de fermes n’ont pas pu tenir à cause d’une blessure, de difficultés financières, etc. Ce programme intervient pour aider aux travaux des champs, etc. C’est formidable.
Mes tableaux sont réalisés dans un rayon de 30 miles autour de notre ferme. Mon thème, ce sont les lieux anciens, le vieux matériel, etc. Chaque tableau sera centré sur une vieille maison, une grange, un tracteur, etc., avec quelque chose de caché à l’intérieur, comme un animal ou une ou plusieurs personnes.
Le premier, « Old Haunts », représente une vieille maison (qu’il faut rejoindre à pied) avec 6 cerfs devant, 4 biches et 2 mâles, mais faits de branches d’arbres. C’est vraiment chouette. Je pense les mettre aux enchères dans une petite ville proche de chez nous, Gary, dans le Dakota du Sud, sur la Buffalo Ridge, dans une ancienne école pour aveugles rénovée et transformée en hôtel. Et ce sont toutes des toiles montées sur châssis, figurez-vous !

Travaillez-vous sur quelque chose de nouveau ?
Oui, je peins une autre vieille maison en ruine en haut d’une colline et je pense y ajouter quelques bovins. On verra bien ! Si vous voulez suivre son avancement, dites-le-moi !
À suivre
Merci à Suzanne d’avoir répondu à nos questions et de nous en avoir dit plus sur ses écrits. N’oubliez pas de consulter régulièrement son site d’art pour découvrir ses dernières œuvres.
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Traduit de l’anglais. Lire la version originale