Entretiens

Lisa Marie Ford – Interview d’une autrice, artiste et photographe équestre

· The Equinest

Nom
Lisa Marie Ford

Site web et lieux où trouver mon travail en ligne
Site web : www.picsbylis.com
Blog : apps.picsbylis.com/blog
Facebook : picsbylis (photos et œuvres) et crittertales (livres et poésie)
Twitter : @picsbylis

Où je vis
Au pays des fermes familiales, aux États-Unis (autrement dit Conneautville, comté de Crawford, en Pennsylvanie)

Parlez-nous un peu de vous : quel est votre parcours et d’où venez-vous ?
Je suis une photographe en blue-jean, une gribouilleuse professionnelle, une artisane des mots, une griffonneuse et une touche-à-tout, mais aussi une poétesse fermière, une conteuse et une baratineuse dans la plus pure tradition.

Issue de la sixième génération d’une famille américaine de producteurs laitiers, je vis et travaille dans la ferme laitière familiale, au milieu de quelques-unes des curiosités les plus loufoques de la nature.

J’adore écrire et lire des détails qui nourrissent l’imagination, à tel point que j’ai la réputation d’être bavarde et d’écrire de véritables « romans » en guise d’e-mails (ce dont vous vous rendrez compte, dit mon père, si vous arrivez au bout de cette interview). J’adore contempler les étoiles et rêvasser. J’ai aussi la réputation de trébucher sur mes propres pieds assez régulièrement, autrement dit d’être une maladroite hors pair.

Pic By Lis, le Down on the Farm Studio, est mon entreprise de photographie et de design ; on y trouve les marque-pages, cartes postales, cartes, affiches et calendriers Critter Express, 100 % originaux en photographie, en poésie et en design, et fabriqués aux États-Unis. Je suis aussi l’autrice de la série de livres The Critters That Call the Farm Home : des livres de poésie et de photographie pour les enfants de tous âges. Il y en a quatre pour l’instant : The Bunny Dance, A Spring Dance, The Deer et Candy the Colt.

Candy the Colt

Vous vous appelez Lisa : pourquoi Pics By Lis ? Soyez honnête, c’est une faute d’orthographe ou quoi ?
Ou quoi : voyez-vous, seul un « papa » raccourcirait un prénom de quatre lettres qu’il a lui-même aidé à choisir. Le mien m’a toujours appelée comme ça… euh… sauf en de très rares occasions… des malentendus… qui exigeaient l’usage de mon prénom complet et la chaise de punition… non pas que j’étais méchante, hein, j’étais le petit ange de tous les cousins… hum…

Bref, ensuite ma mère et ma cousine aînée Darcy, qui était plutôt comme une sœur pour moi, s’y sont mises. Au fil des années, la famille et les amis ont repris l’habitude eux aussi. Et quand je suis arrivée à la préadolescence, les gens qui me rencontraient disaient « Lisa » peut-être une fois, et à la fin de la conversation, ils l’avaient déjà raccourci en « Lis ».

Mes autres cousines ont elles aussi grandi à la ferme, alors nous étions très proches. Ma grand-mère dit que c’était comme « élever » des quadruplées avec nous quatre, les filles, sans compter les garçons, ni tous les cousins au second degré qui nous rendaient visite. Nous ne jouions jamais « à la maison », nous jouions « au bureau ». Nous avions toutes des entreprises et nous montions même un magasin, en réquisitionnant la maison de grand-mère. Hi, hi, hi. Souvent, mon entreprise était un studio de photographie appelé… Pics By Lis.

Puisqu’on parle de noms, qu’est-ce que Critter Express, exactement ?
Critter Express, c’est ma gamme de produits : cartes postales, cartes, marque-pages, etc. Cela vient aussi du bon vieux temps.

J’ai commencé à fabriquer des cartes pour tout le monde, avec enveloppes, timbres dessinés sur mesure et fausses oblitérations que j’appelais Critter Express. Je suis sûre que mes grands-parents ou quelqu’un d’autre ont encore quelques-uns de ces originaux quelque part. J’adore toujours ça.

Quand avez-vous pris votre première photo ?
J’étais trop petite pour me souvenir de l’âge et de la date exacts : mon père tenait l’appareil pour moi, me laissait lui dire où le pointer et appuyer sur le déclencheur. Ma tante et mon oncle m’ont offert mon premier appareil, heureusement, pour que j’aie de quoi me défendre. Voyez-vous, j’étais un sujet de choix pour ma mère et mon père, ma grand-mère, mon oncle et Darcy, qui étaient tous des passionnés de photographie. Quand j’étais petite, mon père et mon oncle développaient eux-mêmes une bonne partie de leurs films.

Once Upon a Dream

Quel appareil utilisez-vous ?
Un reflex numérique Nikon avec des objectifs Nikkor : actuellement un 35 mm 1,8 et un téléobjectif zoom 75-300 mm, ainsi que l’objectif du kit. Mes prochains objectifs seront probablement le Micro/Macro Nikkor 60 mm, peut-être le 105 mm pour les bestioles comme les libellules, qui ne tiennent pas en place, et un jour un 600 mm. J’adore toujours mon Kodak Z7590, mon premier numérique, d’une excellente qualité de couleurs, mais malheureusement en semi-retraite pour cause de vieillesse. Quand je photographie en argentique, c’est avec le vieux Canon AE-1 de la famille. Je collectionne aussi les vieux appareils. J’ai notamment le Brownie de mon arrière-grand-mère et un appareil de poche Kodak Model B.

Si vous pouviez choisir n’importe quel appareil (quel qu’en soit le prix), lequel serait-ce ?
Un appareil 100 % fabriqué aux États-Unis : de grande qualité, très robuste, aux excellentes performances et assez souple pour photographier au naturel, sur le vif. Il aurait les fonctionnalités des meilleurs reflex numériques haut de gamme, des collimateurs personnalisables, la mise au point manuelle et automatique, et un capteur à la qualité de couleurs supérieure à celle de n’importe quel dos numérique ; mais, contrairement à la plupart de ces dos à plusieurs milliers de dollars, il resterait facile à emporter pour photographier la vie là où elle se passe, pas seulement entre les murs d’un studio. Avec des objectifs en prime, bien sûr : d’excellentes optiques, dont deux ou trois objectifs macro pour s’approcher tout près, au ras des choses, ou se tenir à quelques pas et capturer quand même les détails. Et l’un de ces 600 mm, ou tant qu’à rêver, pourquoi pas un 700 ou un 800 mm ; vous savez, le genre d’objectif qui permet de zoomer sur ce cerf au fond de la parcelle derrière la grange, à presque un mile de là, et de compter toutes les tiques sur son dos. Naturellement, il faudrait aussi un ordinateur capable de traiter de telles images, avec beaucoup d’espace de stockage.

Twilight Moon

Une garantie tous risques serait aussi la bienvenue ; et sans doute une mule de bât, bien calme et attachante, pour trimballer tous ces objectifs. Ça ne me dérangerait pas non plus d’en avoir un qui ait appartenu à Ansel Adams ou à John Ford.

Quelles sont vos principales influences ?
Des influences du Maine ? Joshua Chamberlain (20th Maine) est le seul qui me vienne à l’esprit pour l’instant. :0) {Désolée, je n’ai pas pu résister}

En photographie, en écriture, en art et/ou dans la vie ?
Ma famille, en particulier mon père, David V. Ford, serait ma principale influence. Ainsi que notre mode de vie, mes propres expériences et celles qu’on m’a transmises.
Photographie : John Ford, Ansel Adams
Écriture : J.R.R. Tolkien, Robin McKinley, Mark Twain, A.A. Milne, Conor Makem, Mickey Spain…
Art : Jacqueline Collen-Tarrolly, Olaf Wieghorst, Charlie Russell, Robert Griffing… (je ne peins comme aucun d’eux, mais ils m’inspirent :0)
Vie : Daniel Boone, Audie Murphy, Teddy Roosevelt

Libellule

Vous ne photographiez pas que des chevaux : quel est votre sujet préféré ?
La vie…
La vie naturelle des bois, des ruisseaux et des champs, des trèfles aux champignons en passant par les fleurs.
La faune : sur terre, dans le ciel et sous l’eau ; des cerfs et des crécerelles aux dindons sauvages, en passant même par les chauves-souris et les urubus.

La vie en macro : ces détails en gros plan des curiosités de la nature qui nous entourent, si seulement nous prenons le temps de les regarder ; des grenouilles et des crapauds aux fourmis et aux papillons, jusqu’aux gouttes de rosée et au givre.

La vie de la ferme : des Shelties et des canards de Barbarie, des Quarter Horses et des chèvres naines, des vaches et des veaux Holstein et Jersey.

La vie humaine : les sourires et les fous rires des enfants, les promesses des lycéens de terminale, la tendresse entre deux personnes qui se tiennent la main, qui dansent, ou même un petit bisou sur la joue.

Et les profondeurs mystérieuses de la vie, au-delà de ce que nous pouvons toucher et sentir ; les illusions, les lumières et les ombres de la météo, de l’espace et de ce qui se trouve au-delà. Toutes ces choses extraordinaires du quotidien qui se passent à la ferme, dans mon coin de campagne.

Avez-vous (ou avez-vous eu) un animal en particulier qui soit la muse de votre travail ?
Les bestioles qui font de la ferme leur maison. Mister Bagpipes, le Sheltie, qui a son propre « fan-club » dans le monde entier. Il aimait chanter et il a beaucoup de clochettes dont il joue, à commencer par la première que nous lui avons donnée pour sonner quand il voulait sortir. Cecil, mon Quarter Horse, ce charmant garçon qui fait des grimaces. Il aime se promener dans le pré, s’enivrer de pommes, puis revenir tranquillement à l’écurie pour soigner sa gueule de bois avec du bicarbonate de soude. Il me faut un chien et un cheval, de préférence une vache ou deux, et peut-être une chèvre. Ma première vache, Baby Kay, mon premier cheval, Cocoa, mes premiers chiens, Dandy et Megan. J’adore aussi la faune sauvage : les cerfs de Virginie, les crécerelles d’Amérique, les rainettes crucifères, les lapins à queue blanche, etc.

The Sheltie Collie

Où avez-vous été le plus inspirée, mais sans appareil photo en état de marche ?
À Noël 2004, 14 cerfs de Virginie – tous des mâles, des daguets aux grands cerfs aux innombrables cors – couraient dans le champ derrière le pré où se trouvaient mon cheval et une génisse Jersey-Holstein. Je venais de recevoir mon premier appareil numérique, que j’avais pris à la place du fidèle vieux Canon AE-1. Clic, clic, clic… vérification… et voilà la plus belle photo que j’aie jamais prise… Puis l’appareil défectueux l’a avalée, avec la plupart des autres photos. Aïe ! Elle était là, je l’avais vérifié, et je ne l’avais pas effacée ! Désolée, je ne m’en suis toujours pas remise.

Quel effet pensez-vous qu’Internet aura sur l’art et la photographie ?
Internet a déjà eu de bons et de mauvais effets, pas seulement sur les arts visuels, mais aussi sur l’écrit et la musique. Il y a beaucoup de bon, d’étonnant et de merveilleux : la possibilité de se relier à travers un monde où nos pieds n’iront peut-être jamais, de rencontrer des amis qui, sinon, ne sauraient même pas que nous existons.

Et il s’est passé et il se passera encore bien d’autres bonnes choses ; mais comme toujours, il faut que quelqu’un gâche tout pour les autres. C’est ainsi que sont nés les « messages transférés » et d’autres problèmes. Je ne les transfère jamais. Je sais qu’il y a quelque part une pauvre âme, comme moi, dont l’œuvre originale a circulé et dont le nom a « opportunément » disparu des crédits. Cette idée ignorante qu’ont certains selon laquelle « tout devrait être gratuit » et qu’on peut « avoir quelque chose pour rien » ne fera que nuire aux gens et aux emplois, c’est déjà le cas.

Les œuvres de création demandent du temps et du talent, certaines des années de travail, et beaucoup exigent une maîtrise qui ne s’acquiert pas facilement. Elles méritent le respect, et assez de respect pour qu’on rende à César ce qui est à César.

Internet a aussi rendu les gens plus ignorants que jamais, semble-t-il. La vérité n’y compte plus, parce que n’importe qui peut désormais y publier ce qu’il veut, et quelqu’un finira par oublier ce que disait grand-mère : « Ne crois pas tout ce que tu vois là-dessus. »

Fairy Ring Raindrops

Et sur le vôtre ?
Oui, j’ai « rencontré » des gens du monde entier que je n’aurais peut-être jamais connus sans lui. J’ai eu de merveilleuses occasions que je n’aurais peut-être pas eues autrement. Je n’aurais pas non plus pu rester aussi bien en contact avec mes amis et ma famille sans l’e-mail. Mais j’ai aussi été victime d’« emprunts » et de tentatives de vol de mes œuvres. Un bon nombre de mes créations ont été copiées sans autorisation, et mes textes en ont « influencé » d’autres (pas tout à fait du plagiat, mais c’est plutôt ressemblant).

Des gens ont essayé de profiter de moi à travers mon entreprise, mais je suis une Ford, plutôt têtue, alors ça ne marchera pas. Cela m’a pour ainsi dire obligée à mettre des filigranes ou des noms sur les images que je publie sur le web, et à hésiter à partager de nouveaux poèmes ou de nouvelles histoires sur mon site sans avoir d’abord obtenu un copyright officiel. Le plus triste, c’est qu’une œuvre est protégée par le droit d’auteur dès sa création, mais pour en avoir la preuve, mieux vaut la faire enregistrer officiellement. Le bon côté, c’est que cela permet à ceux qui ne peuvent ni voir ni toucher sur place d’apercevoir une partie de mon travail et de jeter un œil à la vie de la ferme.

Quelle est votre image préférée ?
Mince alors, je ne sais pas si je pourrais n’en choisir qu’une, je suis tellement indécise pour ce genre de choses. Bien sûr, j’adore « The Sheltie Collie », avec Bagpipes, et « Through the Window Frame » et « The Guitar » sont mes photos les plus artistiques. J’adore les aurores boréales, alors j’aime aussi « Once Upon a Dream », avec les formes de « tête de cheval et de bélier » qu’elles dessinent plus ou moins. J’adore aussi la lune et les étoiles, et je prends grand plaisir à faire des collages. « Splashing in the Creek » est assez populaire, mais mon charmant cheval Cecil dans « Hay There » fait sourire et rire tout le monde. Chacune me rappelle un souvenir particulier, mais elles ont aussi compté pour d’autres.

J’aimerais avoir un appareil capable de capturer ce que nos yeux voient, où chaque battement de paupières serait la fermeture de l’obturateur. Les appareils peuvent s’en approcher, mais ce n’est jamais tout à fait pareil.

Through the Window Frame

Bien sûr, dès que nous bougeons, ne serait-ce que le temps d’une respiration, notre point de vue change. L’œil humain peut choisir un flocon dans une tempête et le regarder tomber jusqu’au sol, tout en apercevant le reste, cet arbre là-bas et le cheval dans le pré derrière l’arbre, puis faire de nouveau rapidement la mise au point sur les oiseaux dans l’arbre. Mais parfois, nous avons de la chance : une scène morne par un jour maussade peut, d’un simple déclic, devenir sur une photo si belle et si différente de la réalité.

L’écriture et la photographie : des points de vue différents, mais des points communs ?
Pour moi, chaque photo est une histoire, ou au moins une partie d’histoire ; un souvenir. J’aime les traiter comme telles en leur donnant des titres ; certains sont grandioses et ont pour moi une signification particulière, d’autres sont simples, comme une description. À l’inverse, comme j’ai une imagination débordante, chaque histoire ou poème devrait selon moi dessiner, peindre et dépeindre une image ou un monde pour le lecteur, comme ils le font pour moi.

Avez-vous des rituels secrets pour vous mettre dans l’état d’esprit propice à l’écriture ?
3 heures du matin. On dirait que chaque fois qu’une vache a besoin d’aide pour vêler ou que les agneaux naissent, il est 3 heures du matin. De la même façon, je trouve que le meilleur moment pour les idées et la créativité, ce sont les petites heures de la nuit ou du matin.

Heureusement, je suis un oiseau de nuit ; ce qui ne passe pas toujours très bien dans une famille qui doit se lever plus tôt que la plupart des gens pour la traite.

Il m’est souvent arrivé de me réveiller avec une idée et de rester là à écrire un poème, ou de faire quelque chose, d’entendre quelque chose, et bam… il faut noter ces idées. Je suis comme ma grand-mère et mon père : j’essaie toujours d’avoir un stylo et un bloc-notes à portée de main. Parfois, ce sont des essuie-tout à l’étable. J’ai aussi oublié plus de choses que je n’en écrirai ou ne m’en souviendrai jamais. Pour une raison ou une autre : impossible de trouver un stylo qui marche, je suis au volant, ou bien quelqu’un se met à parler juste au moment où l’idée d’un vers me vient… pfuit, envolée. Parfois, avec de la chance, j’arrive à en retrouver un semblant, mais malheureusement, il arrive qu’elle soit complètement perdue.

Heureusement, j’ai acheté un ordinateur il y a environ 10 ans avec l’argent de mon diplôme, et je tape plus vite que je n’écris, ce qui aide. J’adore poser le crayon sur le papier et tenir des carnets de poésie, mais rien ne vaut la facilité et la rapidité avec lesquelles on transfère sa pensée sur l’ordinateur. Malheureusement, je ne suis pas du genre à pouvoir enregistrer un poème, une histoire ou une idée à voix haute. Dès que je commence à parler, je perds complètement le fil.

Critters That Call the Farm Home

De quelles étapes vous occupez-vous pour votre première série de livres, Critters That Call the Farm Home ?
Actuellement, je m’occupe de presque toutes, puisque je m’autoédite. La poésie, la photographie et le design sont 100 % originaux. Je les fais imprimer en certaines quantités par un imprimeur, puis j’essaie de les vendre et de les promouvoir. J’aimerais peut-être travailler un jour avec un éditeur, pour avoir plus de temps pour la partie création, mais jusqu’ici cela a posé problème, car je suis plutôt pointilleuse, ou têtue, si vous préférez.

Voyez-vous, je tiens absolument à ce qu’ils soient entièrement imprimés et fabriqués aux États-Unis ; pour la qualité, mais aussi pour aider à garder les emplois ici. Jusqu’à présent, je n’ai pas trouvé d’éditeur qui imprime en couleur sans sous-traiter à l’étranger, alors je ne les ai même pas encore proposés.

Je ne veux pas non plus qu’ils soient imprimés avec des encres à base de soja. Les encres au soja semblent passer beaucoup plus facilement que les autres, elles sentent mauvais aussi, et il se trouve que je suis gravement allergique à tout ce qui contient du soja.

Quand avez-vous décidé de ce que vous vouliez faire de votre vie ?
Oh, je crois que je l’ai toujours su ; je sais que je le dis presque depuis que je sais parler. Quand j’étais toute petite, mon grand-père nous a fait asseoir sur ses genoux, chacun à notre tour, et nous a demandé ce que nous voulions faire plus tard. Deux de mes cousines ont répondu quelque chose comme entrer dans un cirque ou devenir ballerine, et je ne crois pas qu’elles aient jamais fait ces métiers.

En revanche, l’une a dit qu’elle voulait être ambulancière, et elle l’est devenue. Moi, j’ai dit que je voulais être fermière, et avant même que je puisse finir, il m’a dit que ce serait moi qui aurais une voiture à 16 ans. Bien sûr, il nous a toutes aidées à avoir notre première voiture… en fait, maintenant que j’y pense, j’ai été la seule à avoir une vraie « voiture » : les autres ont toutes eu des pick-up ou des SUV… ma Buick LeSabre était mieux, mais c’est une autre histoire.

Ma mère, mon père, ma grand-mère et quelques cousins ont tous écrit des histoires et des poèmes, et c’est d’eux que je tiens ça. Et bien sûr, mon grand-père inventait toujours une rime ou une autre pour taquiner les gens ; il ne se considère pas comme créatif, mais il l’est. Plusieurs membres de ma famille sont passionnés de photographie, et ce que je n’ai pas glané en chemin, je l’ai appris seule : je suis donc plutôt autodidacte.

Je me souviens que, préadolescente, notre professeure nous avait laissé le choix entre écrire 10 phrases avec le vocabulaire de la semaine ou écrire une nouvelle, et j’ai eu l’impression que le monde s’ouvrait à moi.

J’ai toujours redouté le cadre et les contraintes des devoirs. Alors j’ai créé une série d’histoires d’aventures avec une détective infiltrée venue de la cambrousse, envoyée en ville pour résoudre des crimes. Ma professeure a trouvé ça génial… ce sera l’un de mes futurs projets de livres que de les développer.

Hay There

Pouvez-vous nous raconter 5 choses insolites sur vous et vos aventures photographiques ?
1. J’ai très souvent le hoquet, en moyenne (quand mon asthme n’est pas trop fort, du moins) au moins une crise toutes les 15 à 30 minutes. Vous ne croiriez pas les réactions que cela provoque. Si cela fait bien rire lors d’un portrait sur commande (si j’arrive à me reprendre assez pour tenir l’appareil stable), cela a tendance à attirer les wapitis mâles, curieux…

2. … et souvent, quand ça m’arrive, quel que soit l’animal, j’ai droit au coup de la langue : ils sont parfaits, belle pose, et hop, ils me tirent la langue. Bien sûr, ça arrive aussi sans que je fasse quoi que ce soit ; ils prennent la pose et tirent la langue. Je suppose que je fais cet effet-là aux bêtes.

3. Avec beaucoup d’animaux, et surtout les chevaux, ma première étape est de me présenter. Je les salue, je leur dis mon nom et je souffle doucement vers leurs naseaux pour qu’ils sentent tout de suite mon odeur. Une vieille astuce transmise de génération en génération, et pour cause. Curieusement, les chevaux comme le mien semblent plus intéressés quand je viens de manger quelque chose comme des piments que lorsque je viens de me brosser les dents. Très étrange.

4. J’imite des cris d’animaux et je fais l’idiote. Je peux être assez timide (kof, kof) par moments et je manque cruellement de confiance en moi, mais en général, appareil en main, j’ai tendance à être plutôt audacieuse. Bien sûr, c’est mieux quand il n’y a pas d’autres humains en vue, mais je l’ai aussi fait à des mariages pour faire sourire les enfants. Il faut quand même faire attention : si vous prononcez mal le mauvais cri, vous risquez de mettre un hibou en colère quand il arrivera et découvrira que vous n’êtes pas un autre hibou. Bien sûr, c’est parfois amusant pour faire sursauter la famille en visite. :0)

5. Parfois, je suis peut-être un peu trop audacieuse. J’adore m’approcher le plus possible : la plupart de mes photos d’animaux sauvages et toutes mes photos macro sont prises à un ou quelques centimètres, à quelques pas ou tout au plus à quelques mètres. J’ai photographié de petites chauves-souris brunes en macro. Je n’aime pas particulièrement les grosses araignées effrayantes, mais j’essaie de m’approcher assez pour des photos macro… jusqu’à ce qu’elles sautent ou tendent une patte pour vous toucher… et là, beurk. Il m’est arrivé à plusieurs reprises d’être traquée pendant que je traquais moi-même quelque chose à photographier. C’est toujours « rassurant » d’entendre le craquement inattendu d’une brindille et/ou un grognement ou un feulement. C’est comme ça que je perds le plus d’assistants. Attendez, je ne veux pas dire qu’ils se font manger… ils filent simplement jusqu’à la voiture et ne s’aventurent plus jamais dans les bois. Un jour, j’ai fait reculer un ours rien qu’avec un sourire, comme Davy Crockett, alors je leur montre mon plus beau sourire. (Notez bien que ce n’est pas une histoire à dormir debout !)

Quelles sont vos autres passions ?
La foi, la vie, la famille et l’agriculture familiale, pour n’en citer que quelques-unes (puisque je vous ai déjà fait loucher à force de parler). Mon père dit : « Les agriculteurs familiaux sont une espèce rare qui sera bientôt éteinte, comme les dinosaures, et qu’on ne verra plus que dans les musées. » Les agriculteurs nourrissent le monde, et c’est l’agriculteur familial qui travaille le plus et qui prend le meilleur soin de ses terres et de ses bêtes. Je n’aime pas beaucoup les grandes entreprises, et encore moins les fermes industrielles. Les grandes entreprises ont vraiment fait du tort à notre économie, surtout au niveau local. Ma région était autrefois connue comme la « capitale mondiale de l’outillage et du matriçage », mais à cause des délocalisations, il est difficile pour les ouvriers de garder leur emploi. L’agriculture était aussi l’activité principale ici, et chaque année, quelques fermes de plus sont vendues. Notre ferme est cultivée au moins depuis que les Cussewago vivaient ici, car c’était un peuple d’agriculteurs.

J’espère sincèrement que nous pourrons garder la ferme dans la famille, faire changer les choses à tous les niveaux pour aider les agriculteurs familiaux et perpétuer les traditions. Il n’existe vraiment aucun autre mode de vie comparable.

The Guitar

Vous travaillez sur quelque chose de nouveau ?
Le prochain livre de la série Critters That Call the Farm Home. Ainsi que « The Story », un roman d’aventures qui ne cesse de s’allonger. Le plan était de le terminer avant mes 20 ans, ha ! La vie s’en est mêlée, pour ainsi dire ; ou plus précisément ma santé. Avec tout un monde à créer, avec ses cartes, sa culture, son histoire et ses personnages, cela prend du temps et beaucoup de pages. L’histoire se déroule dans un pays que j’ai inventé, mais qui pourrait ressembler un peu, disons, à l’Écosse d’avant la poudre à canon. Une fille de ferme rencontre un garçon et ils grandissent ensemble ; puis survient une grande tragédie et un mystère, l’aventure les emporte tous les deux, et dans le chaos ils sont séparés et doivent se retrouver pour sauver le royaume et leurs familles.

Il y a des combats à l’épée, des intrigues, de l’histoire, du mystère, des joutes verbales, de l’humour et beaucoup d’aventure. Il y a aussi deux chevaux, des personnages secondaires qui jouent un rôle décisif, notamment pour sauver des vies. Je vous tiendrai au courant quand il sera enfin terminé et qu’il aura un vrai titre.

Merci d’avoir pris le temps de lire toutes mes sornettes, et chapeau bas d’être arrivés jusqu’ici. :0) Comme l’a dit un jour quelqu’un que je connais : « Joyeux hoquet ! »

À suivre

Merci à Lis d’avoir répondu à nos questions et partagé ses œuvres. N’oubliez pas de visiter régulièrement son site web pour découvrir ses dernières créations.

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Traduit de l’anglais. Lire la version originale