Entretiens
Interview d’une photographe équestre – Tami Jo Gramont
Nom
Tami Gramont
Site web et lieux où trouver mon travail en ligne
Site web : newhorsephotography.com
Photos/portfolio : tamijopix.com
Flickr : Obedientmuse
Facebook : Tami Gramont
Suivez Tami sur Twitter : @TamiGramont
Où je vis
Je vis en Arizona, à Peoria, à l’ouest de Phoenix. Comme je viens d’une région plus rurale du nord de l’Arizona, je ne pensais pas autant aimer la ville, et pourtant c’est le cas ! C’est formidable de pouvoir aller dans des endroits auxquels je pensais et auxquels j’avais renoncé parce qu’il fallait 4 heures aller-retour.
Parlez-nous un peu de vous : quel est votre parcours et d’où venez-vous ?
J’ai grandi dans une petite communauté agricole de l’Indiana et je passais mes week-ends avec mon père à Chicago. J’avais des chevaux dans l’Indiana et j’allais au musée à Chicago.
Enfant, j’ai étudié l’art dans l’Encyclopædia Britannica, en m’inspirant de ce que faisaient les maîtres pour reproduire des chevaux au crayon ou à la peinture.
À la campagne, nous vivions isolés, il n’y avait donc pas beaucoup d’enfants autour de nous. Je passais une grande partie de mon temps avec les chevaux.
Adulte, j’ai étudié l’art à l’université, puis j’ai créé une entreprise de construction. Pendant des années, j’ai gardé mon art pour moi. Ma famille m’avait dit d’apprendre un métier manuel, alors j’ai créé une entreprise dans le bâtiment.

J’ai dirigé cette entreprise pendant 8 ans, et au bout de ce temps, j’ai senti que j’avais besoin de quelque chose pour satisfaire mon côté créatif. J’ai choisi un appareil photo bon marché pour voir si cela me plaisait, puis je l’ai emporté partout. Le seul endroit où je n’arrivais pas à l’emporter, c’était près des chevaux au pré, un peu plus loin sur ma route. J’avais la gorge serrée chaque fois que je pensais à les photographier.
Un jour, j’ai décidé d’affronter cette peur, et de me dire que mon amour des chevaux était plus grand que ma peur. Je voulais la mettre de côté une bonne fois pour toutes.
J’ai cessé de me soucier de l’image que je pouvais donner, des jugements que les voisins pourraient porter sur moi et de ce qui pourrait arriver si je me laissais ressentir cette émotion coincée dans ma gorge.
Au bout d’un chemin qui m’a semblé long, je me suis glissée sous la clôture avec mon appareil. Les chevaux, six environ, sont venus vers moi. Je suis entrée dans le pré et je suis restée immobile pendant qu’ils me reniflaient, moi et mon appareil.
Puis les sanglots sont venus. Je les ai laissés venir. Je n’ai pas réfléchi ni cherché à comprendre pourquoi, je suis simplement restée là à pleurer.
Ces chevaux, dont certains avaient le bout du nez posé sur moi, sont restés immobiles eux aussi, comme s’ils étaient témoins de ma tristesse. À un moment, j’ai fini de pleurer et j’ai commencé à rire et à pleurer à la fois, puis surtout à rire. Je riais d’avoir eu si peur de la chose même qui pouvait me guérir. Tous les signes étaient là, et il me suffisait de suspendre mon jugement, de suivre les indices et d’être présente.
Depuis, je photographie des chevaux. J’ai exposé à Sedona et à San Francisco, j’ai été la photographe officielle de plusieurs événements, et j’ai eu bien d’autres occasions fantastiques.
J’ai rencontré des gens formidables, tout simplement parce que j’étais là avec mon appareil photo. Aujourd’hui, je me concentre sur le cutting, le reining, les chevaux de ranch et la vie western.

Quand avez-vous pris votre première photo ?
Au cours de l’année 2005, mais je ne m’y suis mise sérieusement qu’en 2006.
Quel appareil photo utilisiez-vous ?
Au début, j’utilisais un Pentax, puis je suis passée à un Canon 30D. J’ai d’abord investi dans mes objectifs, un 70-200 mm IS série L et un 24-105 mm IS L. Il est maintenant temps de changer à nouveau de boîtier.
Si vous pouviez choisir n’importe quel appareil (peu importe le prix), lequel serait-ce ?
Oh, j’ai entendu dire que le Hasselblad, c’est le must, le grand chef. Mais comme je n’en ai jamais utilisé, je prendrais le 1D Mark III. ET… je suis sûre que si j’étais acheteuse, le vendeur me laisserait essayer le Hasselblad !

Qu’est-ce qui vous a d’abord donné envie de photographier des chevaux ?
Sans me répéter, mais pour être claire : mon amour des chevaux et mon désir d’affronter mes peurs et de vivre en accord avec moi-même.
Votre race de cheval préférée ?
Mince ! J’aime tous les chevaux et je trouve chez chacun d’eux une qualité qui mérite d’être photographiée, et… j’adore ceux qui ont des fanons, comme les gypsy vanners, les clydesdales et les frisons, mais les Lipizzans sont aussi mystiques et ont une personnalité étonnante.
Les chevaux qui vivent au pré depuis longtemps sont spéciaux, même sales et couverts de boue. Quand le troupeau s’approche (ce que je n’encourage pas toujours, car c’est difficile de les photographier quand ils sont collés à moi), mais quand ils le font alors qu’ils n’ont pas approché d’humain depuis des mois, je pleure encore devant leur capacité à faire confiance et devant leur curiosité qui l’emporte sur leurs peurs.
Je me sens toujours honorée quand cela arrive et j’essaie de vivre ma vie de la même manière, en laissant ma curiosité l’emporter sur mes peurs.

Avez-vous (ou avez-vous eu) un animal qui soit la muse de votre travail ?
Oh, au début, c’était le mustang buckskin (isabelle) dont j’ai des tonnes de photos, Smoke. J’ai eu le coup de foudre pour lui depuis l’autre bout du pré. C’était vraiment la sensation de tomber amoureuse. Il était la pièce maîtresse de mon exposition à Sedona.
J’ai plus de photos de lui que de n’importe quel autre cheval. C’était un mustang capturé à l’état sauvage et je le voulais vraiment. Mais je me suis aussi rendu compte que ce n’était pas le bon moment dans ma vie pour avoir des chevaux. Je voyage et j’aime pouvoir partir quand j’en ai besoin. Le bon sentiment, au mauvais moment.
Maintenant, je tombe amoureuse de chaque cheval que je rencontre. Je crois que c’est pour cela que j’ai du mal à photographier les gens : cette intimité me fait encore un peu peur.
Y a-t-il un lieu en particulier qui vous a profondément inspirée ?
Un lieu et un moment m’ont émue : un rassemblement de bétail dans le haut désert. C’était isolé, et sur le chemin, le long d’une route caillouteuse qui contournait les montagnes, il y avait des brûlages dirigés, si bien que la fumée flottait comme du brouillard.
Le groupe de cavaliers a surgi de la fumée. Ils avançaient ensemble sans un mot, comme un seul esprit.
Où avez-vous été le plus inspirée, mais sans appareil photo ?
Les couchers de soleil m’émeuvent, et ici, en Arizona, ils sont souvent spectaculaires à la saison de la mousson. J’admire les photographes de paysage, ils ont le talent de saisir cette émotion, cet instant. C’est un don.

Selon vous, quel effet Internet aura-t-il sur l’art et la photographie en général ?
Il y a un talent fantastique sur la toile ! Les gens explorent des facettes créatives d’eux-mêmes dont ils ignoraient l’existence.
La photographie est aujourd’hui à la portée de tous. Nous pouvons tous imprimer, nous pouvons tous acheter les derniers gadgets à la mode. Alors, qu’est-ce qui distingue un artiste d’un autre ? C’est ce qu’il EST, et non qui il connaît.
Que ressentez-vous devant cette œuvre ? Vous apporte-t-elle de la clarté ? Vous fait-elle bondir le cœur ? Vous ouvre-t-elle les yeux ? Tout cela dépend de qui vous êtes.
On m’a dit qu’autrefois, tout dépendait de qui l’on connaissait. Aujourd’hui, Internet offre un autre type de lien. Et l’art, quel qu’il soit, offre l’occasion de nous voir les uns les autres sous un jour nouveau, sans les idées préconçues que la société peut nous donner les uns sur les autres.
Quand je vois l’art de quelqu’un, je vois en lui. Je crois aussi que mon art en dit plus sur moi que je ne pourrais jamais le dire.
Je pense que c’est un moyen de relier plus de gens que jamais, surtout sur Internet.

Cela a-t-il eu un effet sur le vôtre ?
Absolument ! Une artiste australienne, Catherin McMillian, a été touchée par mon travail et réalise maintenant des tableaux d’après mes photos. Sans Internet, nous ne nous serions jamais rencontrées. Cela me donne aussi l’occasion de partager l’Ouest avec le monde entier : des gens qui n’auront peut-être JAMAIS l’occasion de rencontrer un cow-boy peuvent en voir un et découvrir sa vie grâce à mon art. J’espère bientôt montrer davantage la vie quotidienne de ce mode de vie.

Quelle est votre image préférée ?
Ma préférée est une photo de Smoke, que j’ai prise le jour de son débourrage. Sa toute première séance en rond de longe. C’est une image que j’avais écartée au début et que je n’ai redécouverte que des mois plus tard, en la regardant avec un œil neuf. Elle a été la pièce maîtresse de l’une de mes expositions. Je l’ai fait encadrer en 4 pieds sur 5 et je l’adore !
J’en ai beaucoup d’autres que j’aime, comme celle de Kathleen Lindley, qui est maintenant la couverture d’un roman, « Master Painter », de Brando Quin. Chaque jour, à chaque séance, j’en trouve une nouvelle que j’adore.

Qu’est-ce qui vous passionne d’autre ?
Je suis passionnée par mes projets d’entrepreneuse, qui consistent à aider les gens à sortir du cadre dans lequel notre esprit peut s’enfermer, et à voir le monde sans jugement. Voir le monde sans jugement ouvre la voie à la compassion et à la bienveillance.
Quand je ne peux pas être auprès des chevaux, j’ai besoin qu’on me rappelle sans cesse que je suis plus que ce que je vois autour de moi, que je suis un être créatif au potentiel illimité. Mon entreprise et les personnes qui y sont liées me le rappellent.
À suivre
Merci à Tami d’avoir répondu à nos questions et partagé ses photographies. N’oubliez pas de vous abonner à son blog de photographie équestre pour suivre ses dernières photos.
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Traduit de l’anglais. Lire la version originale