Entretiens

Interview d’une artiste équestre – Ingrid R. Kostron

· The Equinest

Nom
Ingrid R. Kostron

Site web et lieux où trouver mon travail en ligne
www.equi-art.com
Facebook : Ingrid Kostron
Suivez Ingrid sur Twitter : @ingrid_equi_art

Où je vis
Ottawa, Ontario, Canada

Parlez-nous un peu de vous : quel est votre parcours et d’où venez-vous ?
Je suis canadienne, d’origine autrichienne. Les chevaux sont entrés dans ma vie le jour où j’en ai vu un pour la première fois à la télévision, alors que j’étais hospitalisée, toute petite, à cause de problèmes de mobilité.

Je ne pouvais pas marcher à l’époque, et quand j’ai vu mon premier cheval lors de la retransmission d’un défilé, j’ai eu un véritable coup de foudre. Ma logique était simple : si je ne pouvais pas marcher, je voulais monter à cheval.

Beaucoup de temps a passé depuis : aujourd’hui je marche, mais je préfère monter, et je pratique le dressage. Au fil des années, j’ai monté en western, en hunter, et j’ai fait une petite incursion dans l’attelage.

Petit larcin

Quand avez-vous commencé à dessiner des chevaux ?
Le dessin m’est venu tout naturellement, et je ne me souviens pas d’une époque où je ne dessinais pas. Après ma première rencontre avec les chevaux dont je me souvienne, j’ai commencé à les dessiner. L’école et les cours d’art ont apporté de nouveaux sujets sur ma planche à dessin, et ma créativité est finalement devenue une carrière dans les arts graphiques, l’illustration commerciale et le conseil en communication.

Mes projets commerciaux préférés ont toujours porté soit sur des thèmes équestres, soit sur la nature et le plein air, ou encore sur des clients qui voulaient un style classique et sobre pour leurs supports promotionnels et leurs publications.

Tout au long de ma carrière, je n’ai jamais perdu le lien avec les chevaux et je n’ai jamais cessé de les dessiner ou de les peindre. Mais c’était pour mon plaisir. Cela a changé au milieu des années 90, quand j’ai décidé de créer des œuvres pour le monde équestre.

Equi-Art est né : des tableaux ont été achevés, des commandes acceptées, et de là est née une gamme de cartes de correspondance, de tirages en édition limitée, d’articles de papeterie et de cadeaux, vendus dans un certain nombre de selleries aux États-Unis et au Canada.

Anatomie du crâne

Quelle est votre race préférée ?
Je n’ai pas de préférence de race, et j’ai perdu le compte des différents types de chevaux que j’ai montés dans ma vie. Chaque race a ses forces et ses faiblesses, et j’apprécie toutes ces différences.

Mon cheval actuel (Buff) est un Quarter Horse Appendix, mais il a plutôt le modèle d’un pur-sang anglais ; il a (c’est risible) peur des vaches et n’a pas le moindre sens du bétail, du moins à ma connaissance. Buff, lui, se rêve en prince et adore se faire remarquer ; dans sa jeunesse, il savait faire les changements de pied au temps, la pirouette, le passage et le piaffer monté. C’est un vrai cabot, qui aime être le centre de l’attention en faisant des choses qu’on n’attendrait pas d’un cheval.

Il y a quelques années, je l’ai entraîné à monter et descendre des escaliers. Si je faisais de l’élevage, ce serait sans doute de chevaux de sport, avec pour objectif un cheval polyvalent dans un bel emballage.

Ingrid

Avez-vous (ou avez-vous eu) un animal qui soit la muse de votre travail ?
L’art me permet de partager mon parcours de vie de façon à ce que d’autres y trouvent aussi un sens. Mes muses sont les chevaux qui m’entourent à un moment donné. Je collectionne des souvenirs dans l’ici et maintenant, ou des références photographiques pour de futurs projets.

Avec ces références, je poursuis ma route, et bien souvent je me surprends à regarder en arrière et à choisir, parmi mes moments passés avec les chevaux, ceux qui font écho à mes expériences et à mon chemin actuels. À travers ces images collectées, j’exprime mon parcours de vie. Je suis très flattée quand l’une de mes créations a du sens pour les gens ou suscite chez eux une réaction.

Avez-vous des rituels secrets pour vous mettre dans l’ambiance avant de créer ?
Je pense en images ; c’est une bénédiction devant le chevalet : il me suffit de me concentrer sur l’image que j’ai en tête ou, s’il s’agit d’une commande, sur la référence que j’ai sous les yeux.

Quand je n’arrive pas à me concentrer, c’est qu’il est temps d’aller à l’écurie, de monter et de me remettre les idées en place.

Y a-t-il un endroit particulier qui vous inspire ?
Je pourrais sans doute faire une vagabonde heureuse : je trouve l’inspiration à peu près partout. Pour moi, ce n’est pas tant l’endroit où l’on se trouve ou ce que l’on fait qui compte, c’est de vivre l’instant présent. Les gens investissent beaucoup trop dans le passé ou l’avenir, ils oublient parfois de prêter attention à l’ici et maintenant et passent à côté de ce qui est sous leurs yeux.

J’aimerais, un jour, dans un avenir lointain, regarder ma vie en arrière et conclure que, comme une bonne reprise de dressage, elle a été une suite de bons moments heureux qui ont formé une expérience complète.

L’étreinte

Quel effet Internet aura-t-il, selon vous, sur l’art en général ?
Internet est la meilleure chose qui soit jamais arrivée à la communauté artistique. Historiquement, les artistes étaient obligés de passer par les galeries et les mécènes pour survivre, à supposer qu’ils y parviennent.

Ce cadre existe toujours, mais il change et évolue : les artistes n’ont plus besoin de percer dans ce cercle pour réussir.

Internet fait fi du temps, de l’espace et des limites physiques. Il touche un grand nombre de personnes, là où l’on n’en atteignait autrefois que quelques-unes.

A-t-il eu un effet sur le vôtre ?
J’ai un net avantage à cet égard : je crée des sites web dans le cadre de mes produits et services de graphisme et d’art commercial. Cela m’a permis de mener deux carrières (artiste commerciale et artiste peintre) en une seule vie.

Quelle œuvre est votre préférée ?
Tout ce que je crée et que je montre au public, ce sont des œuvres que j’estime réussies et qui expriment quelque chose qui vaut la peine d’être partagé. Il y a bien plus de mes tableaux dans des tiroirs à plans et des portfolios que d’œuvres vues par le public… des idées qui attendent un meilleur moment, ou la touche dont elles ont besoin, selon moi, pour être réussies.

Les œuvres que vous voyez dans mes gammes de produits ou sur mon site web sont « ma collection de favorites ».

Mais il y a un tableau dont je n’arrive pas à me séparer : « Juments à la source », qui représente un groupe de juments en train de boire par ce qui ressemble à une chaude journée d’été. Ce tableau parle d’un bon moment. Je crois que je le garde pour me rappeler que la vie consiste à obtenir ce dont on a besoin pour s’épanouir, et que cela peut tenir à des choses aussi simples que l’eau.

Juments à la source

La vendriez-vous un jour ?
Si vous me posiez la question un jour où je n’éprouve pas le besoin qu’on me rappelle le sens de la vie… peut-être. Je ne suis pas sûre que cela arrive un jour : chaque fois que je passe devant et que je m’arrête pour le regarder longuement, je trouve une nouvelle raison d’avoir besoin de le regarder ce jour-là.

Quelles sont vos autres passions ?
J’aime trouver la passion autour de moi. Je peux trouver de la passion dans un bon bol de soupe, s’il a été préparé par quelqu’un qui voulait vraiment faire un bon bol de soupe et qui y a mis toute son âme. Tout ce qui fait une vie, que vous en soyez ou non l’auteur, peut être l’occasion de créer ou de partager de la passion, et c’est ainsi que la vie devrait être vécue.

Grace, graphite

Travaillez-vous sur quelque chose de nouveau ?
En ce moment, je travaille sur quelques projets. L’un d’eux consiste à réaliser un dessin au graphite, puis une aquarelle, à partir de 12 à 15 photos de référence de têtes et d’encolures que j’ai prises au fil des années. Pour l’instant, je l’appelle simplement « The Faces Project », car toutes les images dont je me sers sont des portraits de la tête et de l’encolure.

L’autre projet est né d’une de mes bêtes noires : le suivi des informations concernant les chevaux. Il fait appel à toutes mes compétences, de la rédaction à l’illustration en passant par le graphisme. Il comprend des produits qui permettent de mieux suivre le dossier de santé de chaque cheval, accompagnés d’informations sur les soins et l’entretien des chevaux dont aucun propriétaire ne devrait se passer.

Grace, aquarelle

À suivre

Merci à Ingrid d’avoir répondu à nos questions et partagé ses œuvres. N’oubliez pas de visiter régulièrement son site artistique pour découvrir ses dernières créations.

Restez à l’écoute pour d’autres interviews d’artistes équestres et de photographes.

Vous êtes un artiste équestre, ou vous connaissez un artiste du cheval que vous aimeriez voir présenté ici ? Ajoutez votre nom et votre site web dans les commentaires ci-dessous ou écrivez-nous pour participer.

Traduit de l’anglais. Lire la version originale